Marie-Cécile Zinsou : Notre-Dame de l’art contemporain africain

Marie-Cécile Zinsou : Notre-Dame de l’art contemporain africain

(Ecofin Hebdo) - Ces dernières semaines, la question de la restitution du patrimoine culturel africain a occupé une place importante de l’actualité dans de nombreux pays, notamment la France. Pour comprendre le débat et ses enjeux, l’une des principales personnes ressources des médias est Marie-Cécile Zinsou. Quoi de plus normal, lorsqu’on sait que la franco-béninoise, présidente de la Fondation Zinsou, qui a considérablement renforcé l’influence du Bénin sur le circuit mondial de l’art contemporain, est l’auteure d’un des plaidoyers les plus médiatisés en faveur de la restitution.

A Paris, son nom provoque certainement chez les antiquaires d’art premier (art des sociétés traditionnelles primitives) des réactions qui les font ressembler à des versions particulières du cri, le célèbre tableau d’Edvard Munch. « Ils me trouvaient mignonne et bête. Maintenant, ils me trouvent mignonne et pénible », a confié Marie-Cécile Zinsou au Monde. En effet, peu de personnes impliquées dans le marché de l’art français, voient d’un très bon œil le combat pour la restitution des œuvres d’art africaines récupérées par la France durant la colonisation. Pas de quoi affecter Marie-Cécile Zinsou.

« Ils me trouvaient mignonne et bête. Maintenant, ils me trouvent mignonne et pénible »

La Béninoise, blanche de peau, qui a grandi en France, a déjà connu une adversité plus féroce, lors de la création de sa fondation dédiée à l’art dans un pays pauvre, également le sien, dont la priorité n’est pas forcément l’esthétisme.

 

Béninoise, française et pas seulement

« Je suis à la fois béninoise et française. J’ai eu une arrière-arrière-grand-mère portugaise. Mon grand-père a vécu avec une Franco-Italienne. Ma mère est vosgienne. Je ressens la chance que représente ce métissage depuis le 27 septembre 1982 (sa date de naissance; ndlr). C’est magnifique de porter l’héritage de toutes ces cultures », nous confie Marie-Cécile Zinsou. Pourtant, le Bénin, elle aurait pu ne jamais le connaître. En effet, sa famille y a été condamnée à mort, par contumace, entre 1977 et 1991.

« Je suis à la fois béninoise et française. J’ai eu une arrière-arrière-grand-mère portugaise. Mon grand-père a vécu avec une Franco-Italienne. Ma mère est vosgienne. »

Il faut savoir que pendant cette période trouble de son histoire, le pays a adopté un régime marxiste-léniniste et est sujet à de violentes luttes pour le pouvoir. Emile Derlin Zinsou, le grand-oncle de Marie-Cécile, un des tous premiers présidents du Bénin, est alors l’un des principaux opposants de Mathieu Kérékou, le président de l’époque. Ce dernier finit par faire condamner son concurrent et sa famille à mort, obligeant les Zinsou à quitter le pays.

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« C’est magnifique de porter l’héritage de toutes ces cultures. »

 

Née en 1982, Marie-Cécile grandit donc en France. Son seul lien avec le Bénin reste alors son grand-oncle. « On a parlé du Bénin des millions de fois avec mon grand-oncle, que j’appelle grand-père. J’avais besoin de rentrer chez moi. J’avais grandi dans un Bénin imaginaire où je n’avais jamais mis les pieds », confie Marie-Cécile Zinsou. Finalement, la condamnation à mort de sa famille est levée en 1991, mais la jeune fille devra attendre quelques années pour retourner sur la terre de sa famille paternelle. Après son baccalauréat, alors qu’elle est en deuxième année d’histoire de l’art, elle décide de se rendre au pays. « Ça me fait un peu bizarre quand on me dit que je suis historienne de l’art alors que j’ai arrêté en deuxième année pour me rendre au Bénin. Je suis rentrée le 7 octobre 2003 à 21 heures. Les premiers jours, je suis allée au centre artisanal de Cotonou, je partais de rien. Puis on m’a proposé d’enseigner à l’ONG SOS village d’enfants ».

Au début, elle enseigne l’anglais, puis l’histoire de l’art. C’est à cette époque que son idée de créer une fondation et des musées lui tombe littéralement dessus. « Je parlais d’art aux enfants sans rien pouvoir leur montrer », se rappelle-t-elle. Elle décide alors de créé un espace où les enfants pourront observer les œuvres d’art africaines. C’est de cette volonté que naitront la Fondation Zinsou et ses musées.

 

De l’importance de l’art pour le Bénin

Si pour certaines personnes, la franco-béninoise n’est que la fille du banquier Lionel Zinsou, au Bénin, pour toute une génération, c’est l’ancien premier ministre béninois qui n’est que le père de Marie-Cécile.

Si pour certaines personnes, la franco-béninoise n’est que la fille du banquier Lionel Zinsou, au Bénin, pour toute une génération, c’est l’ancien premier ministre béninois qui n’est que le père de Marie-Cécile.

Cette reconnaissance, Marie-Cécile Zinsou la doit au travail abattu par sa fondation. A l’origine, la franco-béninoise souhaite créer un espace où les enfants pourront enfin voir cet art dont elle parle si souvent pendant ses cours au SOS village d’enfants. Finalement, la fondation voit le jour en 2005. Elle se procure de « bus culturels » qui vont chercher, gratuitement, les enfants dans leurs écoles pour les ramener au musée de Cotonou.

Le musée de Ouidah ouvrira ses portes en 2013. Des bibliothèques voient également le jour accompagnant, au fil des années, une génération initiée à l’art. Des collectionneurs étrangers accompagnent le projet. Des artistes africains, mais également des célébrités occidentales comme Jean-Michel Basquiat et Keith Haring sont exposées gratuitement dans les musées. Dans le même temps, la Fondation Zinsou promeut des artistes béninois à l’étranger. En quelques années, ses musées renforcent l’influence du Bénin sur le marché mondial de l’art. Malgré tout, Marie-Cécile Zinsou rencontre quelques difficultés.

« Il faut que les gouvernants comprennent que des artistes comme le plasticien Romuald Hazoumè font plus en matière de promotion du Bénin que n’importe quel ministre.»

« Chaque fois qu’on parle de musée en Afrique, les gens répondent hôpital. Je ne vois pas pourquoi chaque fois qu’on parle d’art en Afrique on me dit: il faut des maternités, il faut traiter le SIDA. Bien sûr qu’il faut des maternités et de la trithérapie. Personne n’a à choisir entre l’air et l’eau. On ne peut pas écarter l’art. La culture est une base essentielle de notre éducation et de notre personnalité, et une constituante majeure de notre histoire », explique Marie-Cécile Zinsou.

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« Personne n’a à choisir entre l’air et l’eau. On ne peut pas écarter l’art. »

 

Pour elle l’art est important. « Il faut que les gouvernants comprennent que des artistes comme le plasticien Romuald Hazoumè font plus en matière de promotion du Bénin que n’importe quel ministre », explique-t-elle.

 

Sa croisade pour la restitution des œuvres d’art africaine

Fin 2017, le président français Emmanuel Macron s’est prononcé, au Burkina Faso, en faveur de la restitution des œuvres d’art africaines prises par la France durant la période coloniale. Cette position est totalement contraire à celle de son prédécesseur.

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« J’ai fait un plaidoyer pour que la France restitue les œuvres pour accompagner le processus.»

 

 

François Hollande avait en effet rejeté la demande du président béninois Patrice Talon, qui avait réclamé, en 2016, que les œuvres d’art prises au Bénin soient rétrocédées. Marie-Cécile Zinsou avait alors plaidé pour un retour des œuvres d’art béninoises. Pour elle, les autorités béninoises ont, d’abord, la motivation, mais aussi les moyens de recevoir et de conserver les œuvres, contrairement à ce qu’avancent certains collectionneurs français. « En trois mois, on peut créer un musée respectant les standards internationaux et capable d’accueillir les œuvres d’art que restitueront l’État français. J’ai fait un plaidoyer pour que la France restitue les œuvres pour accompagner le processus, mais c’est le gouvernement béninois qui doit s’en occuper. Jusque-là, il affiche une mobilisation intéressante. On sent que le sujet est important pour le ministre de la culture qui en parle beaucoup », explique la présidente de la Fondation Zinsou, qui précise néanmoins que toutes les œuvres ne seront pas rendues.

« En trois mois, on peut créer un musée respectant les standards internationaux et capable d’accueillir les œuvres d’art que restitueront l’État français.»

« Seules les œuvres appartenant à l’Etat français seront restituées. Les œuvres présentes dans les collections privées ne sont pas prises en compte. Mais malgré tout, des particuliers ont déjà manifesté leur désir de restituer les œuvres africaines en leur possession ».

Pour Marie-Cécile Zinsou, les enjeux sont clairs. Récupérer ces œuvres c’est également un moyen de récupérer une partie de notre histoire.

Servan Ahougnon

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