Afrique du sud : après les délestages, les problèmes d'Eskom pourrait électriser le secteur financier et le marché des capitaux  

Afrique du sud : après les délestages, les problèmes d'Eskom pourrait électriser le secteur financier et le marché des capitaux  

(Agence Ecofin) - Au delà des délestages, qui ont marqué le pays ces dernières semaines, la crise que traverse Eskom, la plus importante société de production et de distribution d'électricité en Afrique du sud, pourrait affecter le secteur financier. Le président Cyril Ramaphosa (photo) a présenté sa solution de scission de l'entreprise, mais des détails de l'initiative seront donnés par le ministre des finances le 20 février prochain, lors de son speech sur le budget devant le parlement.

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Mais avant même qu'on en sache d'avantage, les banques sont montées au créneau pour faire savoir leurs points de vue. Selon une information rapportée par Bloomberg, un groupe de pression représentant les banques sud-africaines ont fait savoir que scinder Eskom ne devrait rien résoudre. 

Une proposition de solution qui n’enthousiasme pas les analystes

De leur point de vue, le président Ramaphosa doit oublier qu'il est en campagne pour se faire élire président et prendre la décision courageuse de réduire les dépenses notamment de personnel. Ce lobby s'appuie sur un rapport de la Banque mondiale qui indiquait qu'Eskom pourrait très bien fonctionner avec 14 255 employé. L'entreprise en a deux fois plus.

Un autre volet de la proposition du président Cyril Ramaphosa est celui d'un transfert d'une dette globale de 100 milliards de rands (7 milliards $) due à moyen terme par Eskom. Une solution que le groupe sud-africain Standard Bank ne trouve pas pertinente.

Son économiste en chef Goolam Ballim estime que le gouvernement pourrait tout au plus s'engager a soutenir le respect, par l'entreprise, de ses échéances au cours des deux prochaines années, le temps qu'elle retrouve un cercle vertueux de rentabilité et de liquidité.

Une perspective que Moody's ne semble pas partager. Dans une récente note d'analyse, l'agence américaine de notation a attiré l'attention sur le fait que toute solution apportée au problème Eskom devrait prendre en compte le fait qu'à moyen terme, la société à capitaux publics ne dominera plus la production d'énergie en Afrique du sud et que son chiffre d'affaires pourrait baisser.

Dans un tel contexte elle ne pourrait plus facilement refinancer sa dette qui s'élevait fin septembre 2018 à 419,2 milliards de Rands (29,5 milliards $). Les marges de manœuvres du gouvernement sont très serrées. Eskom concentre aujourd'hui 78% des garanties de prêts du gouvernement, pour un montant direct 280 milliards de rands. 

Une exposition indirecte trop importante des créanciers financiers du gouvernement 

Mais le gouvernement a aussi garanti les contrats d'achat de producteur d'énergie renouvelable pour un montant global de 200 milliards de rands. Enfin la Public Investment Corporation, l'entité qui gère les fonds des retraites des fonctionnaires sud-africains, est la principale entité financière exposée aux 149,2 milliards de rands d'obligations émises par Eskom. En cas de défaut, il reviendra au gouvernement de combler le gap.

La crise que traverse Eskom devrait ainsi peser sur la capacité d'endettement du gouvernement sud-africain qui a déjà subi deux dégradations de la part des agences de notation Fitch Ratings et Standard & Poors. Une dégradation par Moody's entraînerait le retrait de leurs capitaux par des investisseurs étrangers ciblant les dettes des pays émergents, ce qui rajouterait la pression sur le rand.

Les banques locales sud-africaines ne sont pas directement exposées à une éventuelle crise. Le respect des niveaux de risque de concentration de crédit au profit d'une entité est assez rigoureux. Mais une pression sur la dette publique entraînerait une hausse des taux sur les obligations du gouvernement, et une hausse des taux par un secteur bancaire qui évolue désormais dans un environnement économique morose.

Les investisseurs des obligations d'Eskom se comportent comme si des solutions solides avaient été trouvées. La prime de rendement qui était demandée par ces derniers pour détenir ces produits financiers, et non les titres publics du trésor public américain, a baissé. En même temps, le prix accepté pour la cession de ces obligations sur le marché financier du Luxembourg, sont repartis à la hausse, signe de demande accrue. 

Idriss Linge


Ecofin Gestion Publique