Jean Michel Severino : « Le rendement et les impacts doivent aller ensemble lorsqu’on investit dans l’éducation en Afrique »

Jean Michel Severino : « Le rendement et les impacts doivent aller ensemble lorsqu’on investit dans l’éducation en Afrique »

(Ecofin Hebdo) - En marge de la présentation le 10 juillet à la Sorbonne à Paris d’une étude de la FERDI sur les impacts des investissements dans le secteur de l’éducation en Afrique, Jean Michel Severino, le président de la firme Investisseur & Partenaires, et initiateur d’un fonds d’impact dédié à l’éducation, a accepté de partager des détails de son projet avec l’Agence Ecofin.

 

Agence Ecofin : Vous avez officiellement lancé votre fonds d’impact dédié au secteur de l’éducation en Afrique. Qui sont les potentiels bénéficiaires de cette initiative ?

Jean Michel Severino : Il s’agira essentiellement des écoles africaines qui vont proposer des formations, que ce soit des formations physiques des universités, des établissements d’ingénieurs, des écoles professionnelles, des coiffeurs, des plombiers, des secrétaires etc. mais aussi des initiatives de formation en ligne.

1Jean Michel Severino

« Dans l’état actuel du projet de fonds, nous commencerons à investir à partir de 300 000 euros et jusqu’à 5 millions d’euros. »

 

Bref, tous les projets qui peuvent contribuer à améliorer la qualification des jeunes Africains et leur permettre d’accéder de manière compétitive sur le marché du travail. 

 

Agence Ecofin : Votre projet repose sur une étude de la FERDI qui porte sur cinq pays africains. Est ce qu’ils seront les principaux récipiendaires de cette levée de fonds ?

Jean-Michel Severino : Pas seulement, le fonds a vocation à travailler sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne et de l’Afrique du nord. Mais la FERDI a réalisé une étude de préfiguration et d’analyse qui portait plus particulièrement sur un certain nombre de pays qui n’étaient pas couverts par des analyses déjà présentes dans la littérature. Il se trouve que les économistes ont beaucoup travaillé sur les pays d’Afrique orientale.

 

Agence Ecofin : D’après l’étude, on voit que l’Afrique anglophone est particulièrement privilégiée.

Jean-Michel Severino : Absolument, il y a beaucoup plus d’acteurs venant des USA et d’Angleterre. Il faut dire aussi que nous avons en Afrique francophone une tradition un peu plus publique de l’enseignement qui historiquement a créé moins d’opportunité d’investissement.

« Nous avons en Afrique francophone une tradition un peu plus publique de l’enseignement qui historiquement a créé moins d’opportunité d’investissement. »

C’est sans doute une combinaison de facteurs de ce type, et parallèlement, les pays qui sont particulièrement mal servis sont les pays les plus pauvres de la région du Sahel. Donc, c’est aussi du coup pourquoi nous souhaitons particulièrement orienter les efforts sur les investissements vers ces pays.

 

Agence Ecofin : Quel est le closing que vous ciblez avec ce nouveau fonds ?

Jean-Michel Severino : Notre objectif est de lever une cinquantaine de millions d’euros de capitaux à investir dans des projets de startups et d’institutions déjà existantes.

« Notre objectif est de lever une cinquantaine de millions d’euros de capitaux à investir dans des projets de startups et d’institutions déjà existantes. »

Auquel s’ajouterait une vingtaine de millions d’euros de subventions, avec  lesquels nous pourront financer des activités, notamment d’accès à l’enseignement professionnalisant pour les populations défavorisées ou écartées de ses institutions, comme par exemple les jeunes filles.

 

Agence Ecofin : Quel sera le modèle d’investissement retenu ?  Est ce que vous allez effectuer des apports en dette ou plutôt des apports en fonds propres ou encore les deux en même temps ?

Jean-Michel Severino : Nous partons sur l’idée que nous aurons à apporter majoritairement du capital, mais aussi plus de dette que nous le faisons d’habitude, notamment parce qu’il y a des structures juridiques très variées dans le domaine de l’enseignement, y compris des structures sans but lucratif qu’on ne pourra soutenir que par des instruments de dette.

 

Agence Ecofin : Vous insistez davantage sur l’impact… Est-ce à dire que I&P ne va pas faire comme les autres et ne pas trop exiger des taux de rendement internes, comme la plupart des investisseurs qui ciblent l’Afrique ?

Jean-Michel Severino : Nous devons faire les deux, c’est ce qui fonde la philosophie de la famille I&P. Nous finançons des  projets qui ont une soutenabilité financière et nous le faisons parce que nous pensons que c’est très important de pouvoir avoir une survie sur le long terme en gagnant de l’argent.

« Nous finançons des  projets qui ont une soutenabilité financière et nous le faisons parce que nous pensons que c’est très important de pouvoir avoir une survie sur le long terme en gagnant de l’argent. »

Donc, il faut le rendement, et en même temps, il faut que chacun des projets que nous finançons ait une contribution effective et concrète aux problématiques de développement africain. C’est particulièrement important dans ce cas de figure. Et là, chaque projet va être analysé sur le double regard de sa faisabilité financière mais aussi de sa capacité à répondre aux enjeux du secteur éducatif professionnalisant, c’est-à-dire l’accessibilité financière pour les moins riches et la qualité et la capacité à générer de l’employabilité et de donner des emplois concrets aux jeunes.

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« Nous ne financerions pas des projets qui ne déboucheraient pas sur des emplois pour les jeunes. »

 

Même si c’étaient des activités très rentables, nous ne financerions pas des projets qui ne déboucheraient pas sur des emplois pour les jeunes. Mais aussi, nous sommes faits pour soutenir des projets africains générés par des gens qui sont enracinés sur le continent africain. Ça continuera à être un critère très important pour nous.  Et puis bien sûr il y aura des critères sur la qualité de cette formation. Nous ne sommes pas là pour financer des boites à bachot et des garages pour les enfants les plus riches.

« Nous ne sommes pas là pour financer des boites à bachot et des garages pour les enfants les plus riches. »

Chaque établissement devra prouver sa capacité à véritablement enrichir techniquement et humainement ses élèves.

Agence Ecofin : Vous collaborez avec le gouvernement de Monaco. Est ce un petit appel aux gouvernements africains dont les fonds de pension disposent de beaucoup de capitaux qui ne sont pas toujours investis dans des domaines d’impact ?

Jean-Michel Severino : Vous touchez un sujet important. Je crois que ça sera très important dans les années qui viennent que les fonds de pension s’investissent dans ce type d’activité. Il faut reconnaitre que c’est difficile, parce que la plupart de ces fonds de pension sont encore relativement jeunes et pas très importants, donc ils sont très prudents dans l’allocation de leurs actifs.

« Je crois que ça sera très important dans les années qui viennent, que les fonds de pension s’investissent dans ce type d’activité.»

Ceci étant, vous savez que chez I&P nous avons un nombre croissant d’investisseurs africains dans nos fonds, particulièrement dans les fonds de la famille IPDEV2, Teranga, Mirakap, Comoe. Et parmi ces d’investisseurs africains, nous avons un nombre croissant d’investisseurs publics africains.

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"Parmi ces d’investisseurs, nous avons un nombre croissant d’investisseurs publics africains".

 

Par exemple, au Sénégal, nous bénéficions à la fois du fonds SIF mais aussi de la DER. Ce sont des démarches tout à fait nouvelles dans le paysage africain, donc il me semble que les choses sont en train de changer.

 

Agence Ecofin : Quelle sera la taille minimale d’investissement que vous visez dans chacun de vos projets ?

Jean-Michel Severino : Dans l’état actuel du projet de fonds, nous commencerons à investir à partir de 300 000 euros et jusqu’à 5 millions d’euros.

 

Propos recueillis par Idriss Linge (Agence Ecofin) et Marie-France Reveillard (La Tribune Afrique)

Transcription, Vanessa Atangana.

Ndeye Khady Gueye
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