Quand on se plaint qu’on n’a pas accès à la culture alors qu’on vit à une heure du Louvre

(Ecofin Hebdo) - J’ai hésité avant d’écrire cet édito. Peur de ne pas être compris. Peur de me prendre un flot de haine, peur de ne trouver en face de moi qu’incompréhension.

Récemment je suis tombé sur un économiste afro-américain du nom de Thomas Sowell. L’une de ses thèses portait sur l’inefficacité des politiques de discriminations positives ou même de réparation de préjudices historiques comme l’esclavage. En gros, sa position était que ces politiques n’atteignaient pas leur but parce qu’elles portaient de façon sous-jacente le message que la situation que rencontrait le bénéficiaire de ces politiques n’était pas de sa faute. Ce message avait pour effet pervers de le déresponsabiliser, et par conséquent de l’amener à se voir en victime et donc à ne pas se battre pour améliorer sa situation.

On peut être d’accord ou pas avec Sowell, mais cette déresponsabilisation, je l’ai un peu sentie dans cet article du Monde qui parlait du malaise de certains jeunes français face à la culture générale. Cet article s’inscrit dans le cadre de la promotion de l’application “Mémorable” qui vise à permettre à ses utilisateurs d’approfondir leur culture générale.

Il a trouvé en moi un écho avec la complainte de beaucoup de jeunes issus de l’immigration qui avaient ce sentiment de ne pas avoir leur place dans un certain monde, celui des grandes écoles, de la haute administration de l’Etat français.

Avant de me faire un avis, je me suis inscrit sur la plateforme, j’ai fait un quizz rapide sur Boris Vian sans prendre la peine de lire la documentation et je m’en suis sorti avec 89%. Un score qui a plus ou moins confirmé à mon niveau ce que je pensais un peu et qui se résume à ce qui suit.

C’est bien de dire qu’un pays ne donne pas à une catégorie de ses citoyens les mêmes chances que les autres. C’est bien de revendiquer cette égalité de chances. Mais dans le même temps, il faut peut-être aussi commencer à réaliser que ce pays vous donne plus de chances que n’en ont beaucoup d’autres ailleurs.

Quand à 20 élèves on estime qu’une classe est en sureffectif, on a du mal à s’imaginer des classes de terminale de 60 ou 80 élèves. On peine à croire qu’il puisse y avoir 100 élèves dans une 6ème. Mais ça existe.

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Quand on se plaint d’une éducation bas de gamme, on n’arrive pas à imaginer que des gens étudient sans manuels scolaires. Ou que les manuels se passent de frères en sœurs, de génération en génération (parce que les manuels ne changent pas).

Quand on se plaint qu’on n’a pas accès à la culture alors qu’on vit à une heure du Louvre, on ne réalise pas forcément que d’autres n’ont même pas de musées décents dans leurs pays. Ou qu’ils se sont cultivés dans des bibliothèques de villages, où on ne trouvait que les vieux livres expédiés vers l’Afrique par tous ceux qui n’en voulaient plus en Europe.  

Cette vérité, je la comprends, car Africain, j’ai eu le temps de mûrir et de faire la part des choses. Mes amis européens ont toujours ce petit sourire moqueur quand je leur dis que les rayons librairie des FNAC sont mes endroits préférés de Paris. Mais les premières générations d’immigrés, elles, me comprendront, aisément.

Mes amis européens ont toujours ce petit sourire moqueur quand je leur dis que les rayons librairie des FNAC sont mes endroits préférés de Paris. Mais les premières générations d’immigrés, elles, me comprendront, aisément.

Loin de moi l’idée de nier les difficultés que rencontrent les Français issus de l’immigration. L’égalité est une promesse de la République française. C’est d’ailleurs dans sa devise. Cette promesse est-elle tenue vis-à-vis d’eux ? Ils en seront toujours meilleurs juges que moi. Mais ce que je sais, de ce que je vois, c’est que la France constitue pour eux une chance, néanmoins. A eux de la saisir, ou d’estimer que ce n’est pas assez.  Mais ils se doivent également de garder à l’esprit qu’il y a tellement pire ailleurs. Cet ailleurs dont leurs parents sont partis vers des rêves d’une vie meilleure dans une société qui leur donnait une chance. Juste une seule.

Aaron Akinocho

Aaron Akinocho

Ndeye Khady Gueye

 

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