Jean-Christophe Fromantin, de Neuilly à Cotonou, en quête d’une nouvelle « universalité ». Entretien.

(Ecofin Hebdo) - Jean-Christophe Fromantin est connu pour aimer les défis. Celui qui a ravi la mairie de Neuilly-sur-Seine à la droite sarkozyste, se lance dans une nouvelle croisade. Faire changer le modèle des expositions universelles afin de faire de ces manifestations, des rencontres plus inclusives et plus représentatives de l’évolution du monde. Tel est le nouveau travail d’Hercule auquel s’est attelé l’élu français qui était à Cotonou dans le cadre des “Ateliers de l’universel » qu’il a initiés. S’il s’est entretenu avec des personnalités béninoises de divers horizons, il a également accepté pour l’Agence Ecofin de s’ouvrir sur sa vision du monde, et son challenge fou.

 

Agence Ecofin: Vous êtes à Cotonou pour présenter à différents acteurs de la société béninoise “les ateliers de l’universel”, quel concept se cache derrière cette expression?

Jean-Christophe Fromantin: L’idée des ateliers de l’universel c’est de revisiter un peu cette notion d’universalité, de définir quels enjeux elle présente, quelles valeurs elle incarne. Et puis surtout d’aboutir à un nouveau projet de mobilisation à travers le monde pour finalement reconstruire ce socle de valeurs et d’enjeux qu’est l’universalité. Donc aujourd’hui l’idée c’est vraiment de reposer cette question essentielle sur la planète qui est: “Qu’est-ce qui est universel?” et de voir comment on peut réinventer ce concept pour que tous les pays s’y retrouvent et essayer de l’associer à des progrès, à des projets, pour essayer de faire bouger les uns et les autres dans le même sens.

 

AE: Comment est partie cette idée de redéfinir la notion d’universelle pour aller vers une définition plus inclusive?

J-CF: L’idée est partie de la candidature de la France à l’expo universelle de 2025. Au fur et à mesure que la candidature évoluait, on sentait quand même un certain nombre de questions qui étaient posées : “Est-ce que les jeunes s’y retrouvent? Est-ce qu’ils ne trouvent pas le concept obsolète?” Certains jeunes nous avaient dit: “Est-ce qu’on ne peut pas remplacer le mot Exposition par le mot Expérience?” Et “Pourquoi aller dans une expo et ne pas aller directement dans les pays qui exposent à l’Expo universelle?”

En Afrique, on me disait : “Est-ce que c’est encore fait pour nous? Est-ce que finalement, un continent comme le notre trouve sa place dans ce vieux concept des expositions universelles ?”, etc. Et donc pendant tout le temps de cette candidature, on a eu à gérer des objections. On trouvait des chemins pour y répondre. Mais finalement, on s’est dit: “N’est-il pas temps de reprendre le dossier à zéro, de garder cette belle notion d’universel, de la retraduire, de la réinventer, et essayer de mieux répondre aux contingences de la nouvelle génération et aux enjeux d’un monde qui a quand même profondément changé?”

 

AE: Pourquoi avoir décidé de commencer votre tour du monde par l’Afrique?

J-CF: Il y a deux éléments. D’abord l’Afrique nous avait beaucoup interpellé sur l’obsolescence du modèle. Ensuite, l’Afrique est un continent qui cristallise beaucoup des tensions, beaucoup des limites d’un nouveau monde dont il est dit qu’il est technologique, formidable, etc., mais dont on voit qu’il n’implique pas tout le monde de la même manière. Et l’Afrique cristallise beaucoup de ces tensions de ces défis, de ces enjeux, positivement ou négativement. Sur les sujets de l’environnement, des technologies, de la culture, sur les sujets géopoliques, des migrations etc. l’Afrique est vraiment au coeur de tous ces enjeux donc elle est intéressante à observer, à solliciter, à questionner sur l’universalité. Et je suis convaincu que, pour les raisons que je viens d’évoquer, l’Afrique peut être le point de départ d’un renouveau du concept des expositions.

« Sur les sujets de l’environnement, des technologies, de la culture, sur les sujets géopoliques, des migrations etc. l’Afrique est vraiment au coeur de tous ces enjeux donc elle est intéressante à observer, à solliciter, à questionner sur l’universalité.» 

L’Europe a inventé l’exposition universelle au 19ème siècle, l’Afrique pourrait les réinventer au 21ème siècle. Et ça serait un très beau défi parce que ça ramènerait des pays ou des régions comme la Sillicon Valley à ce qu’elles sont: plus des outils que des contenus. Ils ont le génie des outils, mais l’Afrique peut amener le contenu en raison de son épaisseur historique et culturelle.

jean christophe fromantin

« L’Afrique peut amener le contenu en raison de son épaisseur historique et culturelle. »

 

J’aime bien cette idée d’imaginer que deux siècles après le début des expositions universelles, c’est en Afrique que le concept redémarre. Et c’est en s’appuyant sur le génie de l’homme et toutes les innovations à travers le monde que finalement les effets de leviers pourront être enclenchés.

 

AE: Comment votre mission a-t-elle été reçue par vos interlocuteurs ?

J-CF: Ce qui est intéressant de ce voyage, c’est qu’il y a des marques d’intérêts dans tous les univers. Dans la politique, la technologie, la culture, la production artisanale, la presse. On a senti des marques d’intérêt extrêmement fortes de la part de tout le monde. Et ça c’est assez rare, surtout quand on aborde un concept aussi vague, aussi difficile que l’universalité. Et pourtant, à cette question fondamentale, il y a du retour, il y a de l’intérêt, il y a de la controverse, il y a du débat, des réactions, des propositions, des idées, et ça c’est extrêmement encourageant parce que ça confirme que le sujet est à fleur de peau. Il est mûr. Maintenant, il faut continuer à en débattre. Je vais donc aller dans d’autres contextes, d’autres pays, d’autres univers, pour essayer de trouver un point commun à toutes ces approches.

 

AE: Vous avez rencontré des gens de toutes les strates de la société béninoise, qu’est-ce qui vous a le plus marqué?

J-CF: Ce qui m’a marqué, c’est que ceux qui ont le plus de potentiel de création de valeur, ce sont ceux qui restent fidèles à l’histoire de leur pays et à sa culture. C’est un peu le dénominateur commun de tous les entretiens que j’ai eus.

Ce qui m’a marqué, c’est que ceux qui ont le plus de potentiel de création de valeur, ce sont ceux qui restent fidèles à l’histoire de leur pays et à sa culture. C’est un peu le dénominateur commun de tous les entretiens que j’ai eus.

Il y a avait de l’ambition, non à vouloir faire comme tous les autres, mais à revitaliser, régénérer ce que le Bénin a et que le reste du monde n’a pas. Et cette conviction naissante que c’est avec les particularités, la culture du pays que l’avenir se construira, et c’est terriblement encourageant. Parce qu’à l’heure où on a tous envie de voir si le soleil ne brille pas ailleurs, dans des pays où tout n’est pas simple, on voit dans ses atouts, dans son patrimoine, sa chance. C’est un signe d’espoir et d’espérance considérable.

 

AE: Alors que votre expérience béninoise s’achève, quelles seront les autres étapes de votre périple?

J-CF: J’ai à la fois des débats transversaux que je mène à Paris, et puis je me projette. Je serai bientôt à Zurich pour rencontrer ceux qui développent l’exposition internationale suisse depuis des années, et aussi des acteurs politiques et culturels, j’irai ensuite au Moyen-Orient. Puis à Washington en février et aussi en Amérique du Sud. J’irai un peu comme ça rechercher les regards que chaque civilisation a sur cette question de l’universalité. Ensuite on a un grand colloque à Paris le 26 mars, et ensuite des colloques régionaux qui permettront de faire converger la reflexion dans plusieurs zones du monde.

 

AE: Vous êtes avant tout une personnalité politique et on se demande, comment un politique en vient-il à s’engager sur un sujet comme celui-là?

J-CF: Je crois que le monde est comme un corps humain où chaque organe, chaque cellule a son rôle. Quand on est une cellule de cet ensemble, qu’on soit à Neuilly, Cotonou ou ailleurs dans le monde, on ne peut pas jouer sans être attentif aux autres, sans avoir besoin d’eux, sans aller chercher dans ce qu’ils ont de différent, des richesses à partager.

 Portrait Fromantin

« Quand on est responsable politique, on doit être entièrement mobilisé sur cet enjeu.»

 

Et donc si on n’accepte que le monde n’est pas standardisé, mais qu’il est riche de différence, quelles que soient les responsabilités qu’on a, on a la conviction qu’on progressera avec les autres et riches de leurs différences. C’est l’inverse de la domination et de sa verticalité qui dit : “On se met en haut et on trouve des gens pour nous servir”. C’est au contraire un monde plus horizontal où on participe tous d’un enjeu de progrès pour l’être humain pour son territoire, pour l’environnement et donc quand on est responsable politique, on doit être entièrement mobilisé sur cet enjeu.

Propos recueillis par Aaron Akinocho

 Aaron Akinocho

 

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