Les pertes post-récoltes, un mal africain dont on connaît pourtant les remèdes

Les pertes post-récoltes, un mal africain dont on connaît pourtant les remèdes

(Ecofin Hebdo) - Des légumes aux céréales en passant par les fruits, le problème des pertes post-récoltes (PPR) se posent avec la plus grande acuité sur le continent africain. Alors que la demande alimentaire du continent devrait exploser dans les prochaines années, leur réduction reste déterminante pour améliorer les résultats de l’agriculture africaine.

Dans le milieu agricole, les pertes-post récoltes désignent les pertes alimentaires qui sont enregistrées entre la récolte et la consommation, c’est-à-dire avant que le produit ne parvienne au consommateur, contrairement au gaspillage alimentaire.

Ce dernier phénomène qui est surtout l’apanage des pays industrialisés survient au stade de la consommation. Les aliments peuvent ainsi être jetés alors même qu’ils sont consommables ou devenus impropres à la consommation.

Les pertes-post récoltes désignent les pertes alimentaires qui sont enregistrées entre la récolte et la consommation, c’est-à-dire avant que le produit ne parvienne aux consommateurs, contrairement au gaspillage alimentaire.

Pour leur part, les pertes post-récoltes (PPR) peuvent survenir durant les opérations de récolte en raison de l’emploi d’une mauvaise technique qui endommage le produit ou lors du stockage, du fait des conditions inappropriées d’entreposage. Il s’agit entre autres du niveau élevé d’humidité, de l’exposition à une température excessive, à une mauvaise ventilation des entrepôts, à des facteurs qui induisent des infestations parasitaires. Les PPR sont aggravées par le manque d’infrastructures de transport qui réduit l’accès aux marché et accroît le retard dans l’écoulement.

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Les pertes post-récoltes, c’est 37% de la production agricole africaine.

 

Au-delà des pertes quantitatives, les PPR englobent aussi les pertes de qualité notamment en terme de valeur nutritionnelle, notamment lors de la contamination par des mycotoxines ou sur le plan d’opportunités économiques. A titre d’exemple, le taux élevé de brisures dans le riz après la mauvaise transformation peut faire perdre des opportunités de marché.

 

Un manque à gagner considérable

Les pertes après récolte sont une problématique majeure pour tous les acteurs de l’agriculture africaine en raison des impacts importants qu’elles présentent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : elles représentent, pour le continent, environ 37% de la production et sont évaluées à 48 milliards $ dans leur ensemble, soit l’équivalent du PIB du Ghana en 2017.

Elles représentent, pour le continent, environ 37% de la production et sont évaluées à 48 milliards $ dans leur ensemble, soit l’équivalent du PIB du Ghana en 2017.

Les céréales paient le tribut le plus lourd. La FAO et la Banque mondiale ont estimé, en 2011, qu’entre 10 à 20% du volume de grains produit en Afrique subsaharienne est perdu chaque année pour un montant de 4 milliards $. Ce stock peut permettre de répondre aux besoins minimum annuels d’environ 48 millions de personnes.

L’ampleur des PPR varient d’un pays à un autre et selon le produit. On estime ainsi qu’au Nigéria, 50 à 60% de la production de racines et de tubercules et plus de 50% de la production de fruits et légumes sont perdues en raison des mauvaises pratiques de stockage. Au Kenya, 10 millions d’euros de pomme de terres sont perdus à cause du mauvais stockage dans les exploitations.

On estime ainsi qu’au Nigéria, 50 à 60% de la production de racines et de tubercules et plus de 50% de la production de fruits et légumes sont perdues en raison des mauvaises pratiques de stockage.

 La tomate est aussi l’un des produits les plus touchés par les pertes post-récoltes en Afrique subsaharienne avec 10% de la récolte qui est perdue en Afrique de l’Ouest contre 9,5% en Afrique de l’Est.

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10% des récoltes de tomates sont perdues.

 

Malgré l’étendue des dégâts, des solutions existent afin de lutter contre les pertes post-récoltes dont la complexité explique la difficile évolution vers une réduction.

 

Des pistes d’action

Agir efficacement contre les pertes post-récoltes sur le continent nécessitera une mobilisation de tous les acteurs impliqués dans la chaîne de valeur agricole. La première piste réside dans la mise à disposition de machines de transformation appropriées, à moindre coût, permettant aux agriculteurs de réaliser une première étape de la transformation de certaines denrées périssables. Ceci est particulièrement important pour des cultures comme le manioc qui doit être transformé 48 heures après le déterrement en raison de sa composition (70% d’eau).

D’après le Panel Malabo Montpellier, une meilleure mécanisation serait aussi très bénéfique pour la chaîne de valeur du riz à plusieurs égards. L’usage de machines appropriées pour l’usinage de riz peut réduire de moitié les pertes enregistrées dans les rizières en Afrique subsaharienne. Une telle démarche peut aussi permettre de libérer près d’un million de tonnes de riz blanc et d’économiser 410 millions $ par an dépensés dans les importations.

Une telle démarche peut aussi permettre de libérer près d’un million de tonnes de riz blanc et d’économiser 410 millions $ par an dépensés dans les importations.

Pour Edward George, en charge de la recherche agricole d’Ecobank, une réduction des pertes post-récoltes passera par une intervention publique notamment en terme d’accompagnement des exploitants et par une meilleure éducation des communautés de production. « Une manière fondamentale pour le secteur public de réduire les PPR est d’apporter un coup de main aux producteurs avec des solutions de stockage à bas coût, une petite technologie (par exemple l’utilisation sacs hermétiques) qui peut être fournie avec le prix et les données du marché, souvent obtenus avec l’utilisation des plateformes mobiles », indique l’expert.

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Le Ghana développe des solutions de stockage à bas coûts pour réduire les PPR.

 

Il faudra aussi investir dans le réseau routier rural afin d’améliorer l’accès des petits producteurs aux marchés et réduire le trajet des produits agricoles, explique M. Edward. La plupart des exploitants en Afrique sont en effet situés dans des zones où les infrastructures sont soit en mauvais état soit absentes.

En outre, une réduction des pertes post-récoltes ne pourra se réaliser sans l’innovation. « Aujourd’hui, l’idée, c’est de trouver comment amener les paysans à avoir de meilleurs résultats », note Lindiwe Majele Sibanda, l’une des vice-présidentes de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA). « Pour y arriver, nous avons besoin de mécanismes novateurs pour avoir accès aux financements et à la technologie. Aujourd’hui, il faut qu’un paysan ait la capacité de produire et de stocker », ajoute-t-elle.

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Au Nigéria, 50% de la production de fruits est perdue.

 

Les pays africains peuvent aussi s’inspirer de l’exemple du système de récépissés d’entrepôt (WRS) mis en place au niveau de la Bourse éthiopienne des marchandises (ECX). Ce système permet un meilleur fonctionnement de la phase post-récolte de la chaîne de valeur et constitue un outil potentiellement utile pour aider les producteurs à avoir un financement.

Pour le continent, la lutte contre les pertes post-récolte reste cruciale dans la mesure où des millions d’Africains souffrent encore de malnutrition et que les importations alimentaires dépassent les 35 milliards $ par an.

Si la question a déjà connu de nombreux programmes régionaux comme la Déclaration de Malabo visant à réduire de moitié les pertes après récolte d’ici 2025, la mise en œuvre de es solutions, pourtant rentables à très court terme, reste laborieuse. Et pourtant, le temps presse.

Espoir Olodo

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