Kweku Adoboli, l’étranger

Kweku Adoboli, l’étranger

(Ecofin Hebdo) - La Grande-Bretagne n’a pas réussi à se débarrasser de Kweku Adoboli, le jumeau britannique de Jérôme Kerviel. Le trader fou, d’origine ghanéenne, a réussi à échapper à la déportation du sol britannique, 7 ans après avoir fait perdre 2,3 milliards de dollars à UBS, une des plus importantes banques du monde.

Kweku Adoboli est toujours britannique. Le 20 août dernier, l’ancien trader de UBS n’a pas été renvoyé au Ghana, son pays d’origine. Visé par une procédure de déportation, celui qui a causé la perte financière la plus importante de la Grande-Bretagne, a lancé une campagne de crowdfunding pour lui permettre d’obtenir des fonds indispensables pour la bataille juridique qui s’annonce. Il craignait même d’être arrêté et déporté au terme du contrôle mensuel qui lui est imposé, en tant qu’immigré. En attendant celui qui n’a pas vécu au Ghana depuis l’âge de 4 ans, essaie de convaincre les autorités qu’il est utile à son pays d’adoption. D’ailleurs, qu’y a-t-il de plus anglais qu’un trader un peu inconscient ?

 

Kweku Adoboli, le parieur fou de UBS

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a dit : « Tous les ressortissants étrangers qui se voient infliger une peine privative de liberté seront éligibles pour une déportation. Les ressortissants étrangers qui abusent de notre hospitalité en commettant des crimes au Royaume-Uni ne devraient avoir aucun doute sur notre détermination à les expulser ».

« Les ressortissants étrangers qui abusent de notre hospitalité en commettant des crimes au Royaume-Uni ne devraient avoir aucun doute sur notre détermination à les expulser ».

Ces déclarations d’un porte-parole du ministère de l’intérieur britannique ne sont pas de natures à alléger le sommeil de Kweku Adoboli. Visé par une procédure de déportation, celui qui est né au Ghana le 21 mai 1980 avait pourtant tout d’un modèle d’immigré, avant 2011. Il quitte le Ghana à l’âge de 4 ans, à cause d’une affectation de son père, fonctionnaire des Nations Unies. Au gré des voyages de son géniteur, Kweku Adoboli grandira entre Israël, la Syrie et l’Irak, avant d'être envoyé à l'école Ackworth, en Grande-Bretagne, où il arrive à l’âge de 12 ans. Caressant des rêves de chimiste ou d’athlète, il sort finalement de l'Université de Nottingham, en juillet 2003, avec un diplôme de spécialiste en informatique et gestion. 3 ans plus tard, il est engagé par la banque suisse UBS en tant que courtier.

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Il assure sans aucun problème ses fonctions jusqu’au 15 septembre 2011.

 

Il assure sans aucun problème ses fonctions jusqu’au 15 septembre 2011. Un jour qui lui vaudra un procès, où il sera traité de « parieur fou de la bourse, de trader inconscient ».

 

Victime d’une inconscience générale

En fait, Kweku Adoboli, gérait avec équipe de quatre personnes un portefeuille de 50 milliards de dollars pour la UBS. « Nous étions au centre d’une large partie de l’activité sur le marché des actions », explique le natif du Ghana. « On nous encourageait à aller toujours plus loin. On nous répétait souvent que la limite c’était le moment où on nous tapait sur les doigts », poursuit le Britannique d’adoption.

« On nous encourageait à aller toujours plus loin. On nous répétait souvent que la limite c’était le moment où on nous tapait sur les doigts », poursuit le Britannique d’adoption.

Cette limite, Kweku Adoboli l’a franchie en 2008 et on le lui signifiera en 2011. En fait, le trader va faire une série de placements plus risqués les uns que les autres, sans en informer ses supérieurs. Une fois qu’ils se révèlent infructueux, il tente de les combler par des placements de plus en plus risqués. Il crée, pour ne pas éveiller les soupçons, une comptabilité fictive. Il enchaîne les placements risqués, jusqu’en 2011. « Ce n’était pas d’empocher d’énormes bonus. Un très grand nombre de personnes étaient au courant… Pas mal de gens qui avaient des fonctions de soutien administratif. Certains ont préféré fermer les yeux. D’autres étaient activement impliqués », explique Kweku Adoboli. Finalement il sera le seul épinglé par ses supérieurs.

2,3 milliards de dollars de pertes financières, la plus importante de l'histoire du Royaume-Uni… quoi de plus normal qu’un procès. Kweku Adoboli est dénoncé au régulateur britannique, par ses supérieurs, et inculpé pour deux chefs d'accusation, abus de poste et pertes de négociations non-autorisées. Il est par contre acquitté de quatre chefs d'accusation de fausse comptabilité. Il sera condamné à 7 ans de prison, mais libéré en 2015, pour bonne conduite, après avoir purgé la moitie de sa peine.

Il sera condamné à 7 ans de prison, mais libéré en 2015, pour bonne conduite, après avoir purgé la moitie de sa peine.

Après sa sortie de prison, il donne des conférences à des étudiants, des traders et d'autres acteurs du secteur bancaire sur l’éthique en finance. Pourtant, l’histoire n’a pas été oubliée par la perfide Albion, dont le ministère de l’intérieur veut renvoyer Kweku Adoboli au Ghana. Pourtant, son comportement ne reflète que les tares des habitudes des traders britanniques, peu regardants sur l’éthique dès lors qu’il y a des profits. Pour le moment, l’homme estime qu’il paie pour le système. « Je crois que je suis utilisé comme exemple par le ministère de l'Intérieur », explique Kweku Adoboli.

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« Je crois que je suis utilisé comme exemple par le ministère de l'Intérieur »

 

En vertu du droit britannique, les ressortissants étrangers condamnés à plus de quatre ans de prison sont automatiquement passibles d'expulsion, à moins qu'ils ne puissent faire valoir qu'il existe des raisons impérieuses de leur permettre de rester dans le pays.

Pour Kweku Adoboli, que les autorités essaient clairement de déporter, il est utile que ces dernières le laissent rester en Grande-Bretagne, pour qu’il serve de piqure de rappel à d’autres traders londoniens, cachés derrière leurs sourires prétentieux, dans leurs costumes de luxe.

Servan Ahougnon

servan ahougnon

 

 

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