Domingo Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo : l’un des deux présidera bientôt la Guinée Bissau, si l’armée le veut bien…

Domingo Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo : l’un des deux présidera bientôt la Guinée Bissau, si l’armée le veut bien…

(Ecofin Hebdo) - Le deuxième tour des élections présidentielles en Guinée-Bissau opposera les  deux anciens premiers ministres Domingo Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo. Si le premier a largement devancé le second au premier tour (40 % contre 27 %), le tour suivant est loin d’être joué d’avance. Il faut encore que les autres candidats, dont le président sortant José Mario Vaz, arrivé 4e au premier tour avec 12,41 % des suffrages, choisissent leurs ralliements. Quand on sait combien les relations entre le président sortant et son ancien premier ministre, arrivé en tête du premier tour, sont tendues, on imagine que le second tour ne sera pas forcément un long fleuve tranquille pour Domingo Simoes Pereira.

En Guinée-Bissau, la fin d’année s’annonce particulièrement mouvementée. En effet, le second tour des élections présidentielles offre un scenario assez inédit. Pour commencer, le président sortant José Mario Vaz n’a pas réussi à se qualifier pour le second tour.

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Le président sortant José Mario Vaz, est arrivé 4e au premier tour avec 12,41 %.

 

L’ancien Chef d’Etat est réduit à un rôle d’arbitre entre deux de ses anciens premiers ministres. Le tout, alors que la communauté internationale craint toujours que l’armée, ou l’un des candidats, remette en cause le résultat des urnes.

L’ancien Chef d’Etat est réduit à un rôle d’arbitre entre deux de ses anciens premiers ministres.

Dans ce scrutin de tous les dangers, au terme duquel la stabilité relative obtenue avec l’élection du précédent président peut disparaitre à n’importe quel moment, tous les yeux sont tournés vers Domingo Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo. Tant que l’armée se tient tranquille…

 

Un favori nommé Domingo Simoes Pereira

Dans quelques jours, Domingo Simoes Pereira pourrait occuper le fauteuil présidentiel. Une belle revanche quand on sait que l’homme de 56 ans est l’opposant le plus farouche au président sortant José Mario Vaz. DSP, comme le surnomment ses partisans est l’un des technocrates les plus appréciés du pays.

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DSP est l’un des technocrates les plus appréciés du pays.

 

Né le 20 octobre 1963 à Farim, Domingo Simoes Pereira ne quittera son pays que le temps de faire ses études universitaires. Ces dernières lui permettent notamment d’obtenir une  licence en génie civil et industriel à Odessa, en Ukraine. Il part ensuite pour les Etats-Unis où il décroche une maitrise en génie civil à l'université d'État de Californie. Il se rendra ensuite à Lisbonne, au Portugal, pour y obtenir un doctorat en science politique. Il rentre ensuite en Guinée-Bissau où il occupera de nombreux postes au sein de l’administration locale. Entre 1988 et 1999, il sera successivement le directeur national de l’aviation et des transports terrestres, le directeur général des routes et des ponts, le chef de cabinet du ministre des travaux publics et le directeur du laboratoire de génie civil de Guinée-Bissau.

En 1999, il est nommé assistant technique du groupe de soutien du coordonnateur national du Fonds européen de développement. Il quitte ce poste l’année suivante pour celui d’assistant technique de la Banque Mondiale dans le projet de réforme et de développement du secteur privé. Il entre au gouvernement pour la première fois en 2002, lorsque le président Kumba Lalà le choisit pour occuper le poste de ministre de l'équipement social. En 2004, il dirigera un ministère qu’il connait bien : celui des travaux publics. Il le quitte en 2006 pour devenir  conseiller du premier ministre pour les infrastructures.

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« Je suis de mère Balante et Mandiango. Mon père est Banhun et Cassanga, je peux vous dire que la Guinée Bissau profonde aspire au changement.»

 

C’est à cette époque qu’il commence à réellement se signaler sur l’arène politique de son pays. Adhérent du Parti pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert (PAIGC), fondé par le héros national Amilcar Cabral, son discours rassembleur trouve un écho auprès d’une population divisée.

« Notre héros Amical Cabral avait devancé son temps en prônant Unité et Lutte, la devise du PAIGC. Malgré tout, il n’y a pas encore eu un travail de réconciliation en Guinée Bissau »

« Je suis de mère Balante et Mandiango. Mon père est Banhun et Cassanga, je peux vous dire que la Guinée Bissau profonde aspire au changement. La nouvelle génération aspire encore plus au changement et à la prospérité. Notre héros Amical Cabral avait devancé son temps en prônant Unité et Lutte, la devise du PAIGC. Malgré tout, il n’y a pas encore eu un travail de réconciliation en Guinée Bissau », déplore-t-il.

En 2008, Domingo Simoes Pereira est nommé secrétaire exécutif de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Il occupe ce poste lorsque le président décède en janvier 2012. S’en suit le coup de force d’une armée un peu trop présente, en pleine élection présidentielle. Les deux années de transition qui suivront le coup d’Etat verront la popularité du natif de Farim grimper en flèche. A tel point qu’en juin 2014, après des élections présidentielles remportées par José Mario Vaz, le président ne tergiverse pas longtemps pour accéder à la proposition de Domingo Simoes Pereira de devenir premier ministre. Ce dernier sera même désigné dans la même période président du PAIGC, le parti au pouvoir. A ce moment, le mariage de raison entre les deux hommes semble logique. Seulement, quelques mois après le début de leur collaboration, des tensions naissent entre le président et son premier ministre. Le 12 août 2015, José Mario Vaz limoge son premier ministre et le remplace par Baciro Djá. Cette décision sera le point de départ de la rivalité entre les deux hommes, notamment au plan international où le lobbysme de Domingo Simeon Pereira a énormément perturbé l’ancien Chef d’Etat. On imagine alors aisément, avant les éventuelles négociations, que le premier choix de ralliement envisagé par le président sortant n’a pas été pour DSP.

 

Umaro Sissoco Embalo, un outsider prêt à jouer toutes ses cartes

Umaro Sissoco Embalo (USE) vient de loin, il y a quelques années, l’homme qui est né le 23 septembre 1972 à Bissau n’aurait jamais imaginé se retrouver aussi bien placé lors d’une élection présidentielle. En effet, l’intéressé n’a jamais semblé destiné à faire de la politique. Et pourtant.

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USE n’a jamais semblé destiné à faire de la politique.

 

Après ses études aux termes desquelles il a obtenu une licence en relations internationales de l'université de Lisbonne, une maîtrise en sciences politiques et un doctorat en relations internationales, à Madrid, Umaro Sissoco Embalo est resté inconnu du grand public pendant de nombreuses années. Si, au plan international, il acquiert une solide réputation de spécialiste des questions de défense, de coopération et de développement, il est, pendant longtemps, peu connu en Guinée-Bissau.

Si, au plan international, il acquiert une solide réputation de spécialiste des questions de défense, de coopération et de développement, il est, pendant longtemps, peu connu en Guinée-Bissau.

Selon plusieurs de ses proches, il a conseillé de nombreux gouvernements Bissau-guinéens sur des sujets liés à son domaine de compétence. Umaro Sissoco Embalo aurait notamment été l’un des principaux conseillers de Manuel Serifo Nhamadjo, qui a dirigé le pays par intérim pendant une année, après les évènements de 2012. Ce Général de Brigade sera même ministre des affaires africaines, de la coopération et du Moyen-Orient. Il devient plus connu en 2016, lorsqu’il remplace Baciro Dja au poste de premier ministre.

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Il devient plus connu en 2016, lorsqu’il remplace Baciro Dja au poste de premier ministre.

 

Il finit par démissionner en 2018, après l’ultimatum de la CEDEAO. L’organisation avait menacé, quelques mois plus tôt, de sanctionner le non-respect de l'accord de sortie de crise signé à Conakry le 12 octobre 2016. Ce dernier prévoyait notamment la nomination d'un premier ministre de manière consensuelle. Après sa démission, l’ancien premier ministre ne tarde pas à mettre en place sa stratégie électorale. Voulant véhiculer une image de rassembleur, il ne se retient pas de rappeler qu’il est un musulman marié à une chrétienne.

Voulant véhiculer une image de rassembleur, il ne se retient pas de rappeler qu’il est un musulman marié à une chrétienne.

Durant la campagne, il se montre très critique envers le président sortant malgré le fait que les relations entre les deux hommes n’ont jamais été aussi tendues que celles de José Mario Vaz et Domingo Simoes Pereira. Sa stratégie marche et Umaro Sissoco Embalo se retrouve, contre toute attente, au second tour des élections.

Actuellement, il se livre, comme son adversaire, au jeu des alliances d’entre deux tours. Et si, malgré le score assez déséquilibré, l’issue finale du scrutin est toujours imprévisible, l’une des grandes inconnues reste l’accueil que réservera l’armée au résultat final. En effet, malgré les efforts de la CEDEAO, le spectre d’un coup de force reste présent dans ce pays qui va aux urnes après le tout premier mandat présidentiel de son histoire, achevé par un civil.

 

Servan Ahougnon

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Ndeye Khady Gueye

 

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