Aliou Cissé : voir Moscou et murir

Aliou Cissé : voir Moscou et murir

(Ecofin Hebdo) - Au coup de sifflet final du match Colombie-Sénégal, un silence lourd traverse les différentes villes du continent africain. La dernière équipe africaine vient d’être éliminée de cette coupe du monde. Pourtant l’histoire aurait pu être belle, pour ce collectif, le meilleur parmi les équipes africaines, sur le papier, dirigé par le seul entraineur d’Afrique subsaharienne de la compétition.

« C’est la loi du football. On ne s'est pas qualifiés parce qu'on a pris plus de cartons jaunes. Ce sont les règles du jeu, elles ont été établies par la Fifa et il faut les respecter, même si on aurait préféré être éliminés pour une autre raison », reconnait Aliou Cissé, l’entraineur sénégalais, bon joueur, quelques minutes après l’élimination de son équipe. Cette déclaration a fait grandir l’énorme capital sympathie que se construit le Sénégalais depuis le début de la compétition. Au moins, le plus jeune entraîneur de la compétition, et le seul d’Afrique subsaharienne, aura eu la chance d’expérimenter le très haut niveau. Une opportunité rarement offerte par les nations du continent africain à leurs entraineurs.

 

Le glorieux passé du lion

Pour toute la génération ayant suivi la Coupe du monde 2002, la crinière d’Aliou Cissé, rappelle, à coup sûr, une des plus belles parenthèses dorées de l’histoire du football africain. Le Sénégalais, né le 24 mars 1976 à Ziguinchor, était le capitaine de l’équipe nationale ayant battu la France, avant de se hisser en quarts de finale de la Coupe du monde. Entraineur, depuis quelques mois, de l’équipe sénégalaise, l’ancien défenseur espérait rééditer, voire faire mieux qu’en 2002. Pour l’occasion, Aliou Cissé a même emprunté au personnage de Bruno Metsu, le coach de 2002. « Ils avaient deux caractères différents. Le coach était plus cool, plus déconneur, tout en étant exigeant. Aliou parle peu, du moins en dehors du terrain. Car quand il était sur la pelouse, on l’entendait. C’était un aboyeur, un leader. Pour moi, c’était un coéquipier important car il m’a fait progresser », confie son ancien coéquipier Alassane Ndour.

«Quand il était sur la pelouse, on l’entendait. C’était un aboyeur, un leader. Pour moi, c’était un coéquipier important car il m’a fait progresser», confie son ancien coéquipier Alassane Ndour.

Pourtant, pour ce mondial 2018, Aliou Cissé est devenu plus charmeur. Sourire vissé aux lèvres, le seul entraineur subsaharien de la compétition s’est attiré les grâces de toute la presse.

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Proche de ses joueurs.

Proche de ses joueurs, il réussit à en tirer le meilleur pour battre la Pologne 2-1. A ce moment, les superlatifs n’arrêtent plus. De nombreuses personnes voient le Sénégal rééditer l’espoir de 2002. Pourtant, quelques semaines auparavant, il était critiqué pour sa tactique qui annihilait le spectacle. Finalement, les critiques reprendront peut-être, maintenant que le Sénégal est éliminé.

L’ancien capitaine a pourtant une grande expérience en matière de football. Avant le fameux mondial de 2002, il a joué pour l’équipe du PSG, vice-champion de France lors de la saison 1999-2000. Aliou Cissé a d’ailleurs participé, avec cette équipe, à la Ligue des champions 2000-2001. Il signera à Montpellier la saison suivante, avant de rejoindre le championnat anglais de 2002 à 2006. Il reviendra en France, au CS Sedan Ardennes, jusqu’en 2008. Il rejoint ensuite Nîmes, pour la saison 2008-2009, avant de quitter le club la saison suivante.

Cette élimination avait été fortement critiquée par la presse sportive sénégalaise. Pas de quoi déboussoler Aliou Cissé, qui sait comment le continent traite ses entraineurs.

En 2012, Aliou Cissé est nommé adjoint de Karim Séga Diouf, l’entraineur de l'équipe nationale olympique. Le 4 mars 2015, la Fédération sénégalaise lui confie au poste de sélectionneur de l'équipe nationale. Il réussira à qualifier la sélection sénégalaise au mondial 2018 après un échec à la Can où le Cameroun élimine les lions de la Teranga en quarts de finale. Cette élimination avait été fortement critiquée par la presse sportive sénégalaise. Pas de quoi déboussoler Aliou Cissé, qui sait comment le continent traite ses entraineurs.

 

L’Afrique, un continent qui rejette ses entraineurs

Au mondial russe, cette année le Sénégal d’Aliou Cissé montre de l’engagement et s’impose par 2 buts contre 1 face à la Pologne, signant la première victoire d’une équipe africaine dans la compétition. Si elle doute face au Japon, se faisant rattraper au score par deux fois, ce n’est pas tant la défaite lors du dernier match face à la Colombie (0-1) qui l’élimine que son excès d’engagement.

En effet, l’équipe affichant exactement le même nombre de points et le même différentiel de buts que les Japonnais, la différence se fera au fair-play. Le Sénégal qui a reçu deux cartons jaunes de plus que son concurrent, passe à la trappe. Et si le pays ne réédite pas l’exploit de 2002, Aliou Cissé n’a néanmoins pas à rougir de sa performance.

Une performance qui soulève in fine des interrogations sur les choix réalisés par les fédérations africaines. En effet, le continent a été représenté par cinq équipes lors de ce mondial. Comment se fait-il qu’Aliou Cissé et le tunisien Nabil Maâloul, soient les seuls entraineurs africains de la compétition ? Le Nigeria a choisi de confier son équipe à l’allemand Gernot Rohr, le Maroc au français Hervé Renard et l’Egypte à l’argentin Hector Cuper.

Le Nigeria a choisi de confier son équipe à l’allemand Gernot Rohr, le Maroc au français Hervé Renard et l’Egypte à l’argentin Hector Cuper.

En général, en dehors des pays d’Afrique du Nord qui font confiance, la plupart du temps, à des entraineurs de leurs pays, les nations africaines, ont souvent tendance à confier leurs équipes à des étrangers, pas toujours supérieurs à leurs homologues du continent, ni au niveau des diplômes, ni de la connaissance de ces équipes. De toutes les équipes africaines présentes au mondial russe, c’est bien le Sénégal d’Aliou Cissé qui a offert les meilleurs résultats.

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Le meilleur résultat.

Alors que de plus en plus de coachs africains suivent les mêmes formations et obtiennent les mêmes diplômes que les entraineurs européens, les nations africaines refusent de leur donner leur chance, snobant les entraineurs du cru et faisant d’Aliou Cissé une hirondelle seule dans un hiver glacial.

Servan Ahougnon

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