Pierre Nkurunziza, l’homme qui conduit le Burundi « selon les commandements du Seigneur »

(Ecofin Hebdo) - Pierre Nkurunziza pense avoir été envoyé par Dieu pour diriger le Burundi. Entre longs weekends de prières, discours moralisateurs et puritanisme, l’élu de Dieu s’attelle à sa mission avec l’application d’un zélote. Le Burundi, il le conduira « selon les commandements du Seigneur », quitte à enchaîner le pays à sa présidence, qui commence pour certains à durer une éternité. Leur lassitude, ces mécréants ne peuvent que la murmurer. Pierre Nkurunziza pourrait se présenter aux deux prochaines élections présidentielles. Et ce n’est pas la CPI qui pourra l’en empêcher.

Au Burundi, Pierre Nkurunziza, le président de la république, avait conseillé à tous les concubins de se marier le plus rapidement possible, pour éviter d’éventuels désagréments. Quoi de plus normal lorsqu’on veut conduire son pays sur les voies du seigneur. Pour exécuter cette mission en n’ayant que Dieu pour seul juge, le pieux président a pris le soin de faire sortir son pays de la Cour Pénale Internationale. En plus, depuis le 24 octobre dernier, un projet de réforme constitutionnelle lui permet de se présenter aux élections jusqu’en 2027. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est le moment ou jamais, car Pierre semble tenir pour longtemps les clés de sa Nkurunzizanie.

Pour exécuter cette mission en n’ayant que Dieu pour seul juge, le pieux président a pris le soin de faire sortir son pays de la Cour Pénale Internationale.

Victime des heures les plus sombres de l’histoire de l’Afrique

Pendant des années, Pierre Nkurunziza a eu un rapport conflictuel avec la cravate. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter en 1972, 8 ans après la naissance de celui qui dirige actuellement le Burundi. Dans la province de Ngozi, où il est né en 1963, la famille du jeune garçon est bien connue. En effet, Eustache Ngabisha, le père de Pierre Nkurunziza, ancien député, est gouverneur de province. Véritable symbole d’unité -il est hutu et marié à une Tutsi- il est alors l’un des hommes les plus respectés de la région. Malheureusement, en 1972, une tentative d’insurrection menée par des militaires hutus déclenche une vague d’élimination de l’élite hutue. Eugène Ngabisha, à l’instar de 100 000 hutus, est tué, étranglé avec une cravate. Pierre Nkurunziza ne doit alors son salut qu’à l’ethnie de sa mère. Après ses études secondaires, il souhaite intégrer, soit la faculté d’économie, soit celle de médecine. Malheureusement, la politique de discrimination des hutus l’oblige à rejoindre l’Institut d’éducation physique et sportive.

 

Black Panther

En marge de ses études, Pierre Nkuruniza se passionne pour la lutte des révolutionnaires noirs américains. Il est si prolixe sur le sujet que son entourage finit par le surnommer Black Panther. En 1991, après l’obtention de sa licence, il obtient un poste d’enseignant d’éducation physique et sportive au Lycée Muramvya. Tout semble se stabiliser dans la vie de Black Panther, mais ce n’est que le calme annonciateur de la tempête.

En marge de ses études, Pierre Nkuruniza se passionne pour la lutte des révolutionnaires noirs américains. Il est si prolixe sur le sujet que son entourage finit par le surnommer Black Panther.

En 1993, Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu au Burundi, et son successeur Cyprien Ntaryamira, sont tués, en même temps que Juvénal Habyarimama du Rwanda : c’est le retour de la guerre civile. Le ministre de l’intérieur Léonard Nyangoma s’exile alors dans l’ex-Zaire, d’où il lance la rébellion du Conseil National pour le développement et la démocratie (CNDD).

La même année, Pierre Nkurunziza échappe de justesse à un assassinat au campus universitaire de Bujumbura, où il est retourné enseigner en 1992. Il perd son frère lors de l’embuscade. Après cet incident, le natif de Ngozi rejoint les combattants CNDD-FDD. Au fil des années, son influence grandit au sein de ce mouvement. Il est notamment considéré comme un héros pour avoir survécu après avoir été grièvement blessé pendant la guérilla. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il devient un véritable passionné de religion. En 1998, il devient secrétaire général du CNDD-FDD, alors qu’il est, depuis deux ans, condamné à mort par la justice burundaise pour sa responsabilité dans la pose de mines anti-char ayant fait des dizaines de morts à Bujumbura en 1995.

En 2001, dans un climat de tensions internes, il est élu président du CNDD. Son rôle dans les accords d’Arusha, ayant mis fin à la guerre, y est pour beaucoup. Le 16 novembre 2003, le CNDD signe un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement de Domitien Ndayizeye et devient un parti politique.

 

Symbole de la paix

Le CNDD remporte les élections législatives du 4 juillet 2005 et, lors des élections présidentielles du 19 août suivant, Pierre Nkurunziza est élu président par les parlementaires. Ce scrutin finalise le processus de paix au Burundi. En 2009, le Front National de Libération (FNL), dernier mouvement rebelle encore actif, dépose les armes et participe aux institutions.

En 2010, Nkurunziza, seul candidat, est réélu au suffrage universel, qui fait son retour pour la première fois depuis 1993, au terme d’un scrutin boycotté par l’opposition pour de présumées fraudes dans l’élection municipale intervenue la même année.

En 2010, Nkurunziza, seul candidat, est réélu au suffrage universel, qui fait son retour pour la première fois depuis 1993.

Pendant ce temps, à l’échelle internationale, le président collecte les distinctions. En octobre 2011, il reçoit le prix du meilleur leader politique de l’Organisation Internationale ‘Peace and Sport’ pour avoir su faire du sport un outil de paix et de réconciliation dans son pays. Avant cette année, il reçoit de nombreuses fois le « Prix de la Paix » de la part de plusieurs ONG.

 

2015 et le début des années de controverse

En 2015, Pierre Nkurunziza décide de briguer un troisième mandat à la présidence de la République, en violation de l'article 96 de la constitution du Burundi. Il justifie ses intentions par le fait que son premier mandat n’a pas été obtenu au suffrage universel. Une décision controversée de la Cour constitutionnelle finit par valider sa candidature. Il s'impose ensuite comme candidat de son parti à l'élection présidentielle du 26 juin provocant une scission du CNDD et les protestations de l'opposition.

Pierre Nkurunziza 1En 2015, Pierre Nkurunziza décide de briguer un troisième mandat.

Le désaveu se matérialisera le 13 mai 2015, lorsque, durant un déplacement à Dar es Salam sur la situation de crise de son pays, le président est victime d'une tentative de coup d'État perpétrée par le général Godefroid Niyombare. Les putschistes seront matés et se rendront après de violents combats dans le centre-ville de Bujumbura.

Les jours suivants, une répression sanglante de l'opposition entraine des centaines de morts dans le pays. L'élection présidentielle se tient finalement le 21 juillet. Pierre Nkurunziza en sort vainqueur avec 69,41 % des suffrages.

Nkurunziza exulte et déclare dans les jours qui suivent, qu’il a été choisi par Dieu pour diriger le Burundi. Désavoué par la communauté internationale qui lui reproche de nombreuses violations des droits de l’homme, Pierre Nkurunziza retire le Burundi de la CPI le 27 octobre 2017, rappelant à ceux qui l’auraient oublié qu’il n’aime pas être mené par le bout de la cravate.

repressionLe chef de l’Etat peut continuer de diriger le pays comme bon lui semble.

Sans craindre des sanctions après la fin, qui semble lointaine, de sa présidence, le chef de l’Etat peut continuer de diriger le pays comme bon lui semble, ne donnant du répit à ses opposants que le temps de ses épisodiques semaines de prières.

Servan Ahougnon

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