Hassan Ouriagli, l’homme qui veut convertir l’Afrique au « capitalisme positif »

(Ecofin Hebdo) - De plus en plus décrit comme un système injuste, oppressant le pauvre pour enrichir toujours plus le fortuné, le capitalisme semble loin d’être la solution qu’on imaginerait pour le futur de l’Afrique. Et pourtant. A la tête du fonds d’investissement marocain Al Mada, Hassan Ouriagli a fait l’ambitieux pari d’investir dans un « capitalisme positif » pour développer l’Afrique. Cette vision exposée par l’homme d’affaires donne un rôle social majeur aux entreprises. Et le plus fou, c’est que ça a l’air de marcher…

Le vendredi 15 mars, à Casablanca, de nombreux dirigeants d’institutions et d’entreprises sont présents pour la 2e journée du Forum International Afrique Développement. Ce jour revêt une importance particulière. Hassan Ouriagli, le patron du fonds d’investissement marocain Al Mada, que l’on croise rarement dans ce type de rassemblement, doit prononcer un discours. Pour les personnalités présentes, il ne s’agit pas d’écouter un homme d’affaires de plus commenter son power point. Certes, Hassan Ouriagli doit parler de développement, de capitalisme et d’entreprise. Mais, à la tribune, le patron d’Al Mada, exposera une vision alternative, celle de l’engagement social avant les objectifs de profit.

Hassan Ouriagli FIAD

Une autre vision, celle l’engagement social avant les objectifs de profit.

 

Pour Hassan Ouriagli, le « capitalisme positif », c’est le développement du continent africain par un recentrage de ses entreprises sur l’humain. Et d’en appeler à un nouveau capitalisme africain qui, contrairement à sa version anglo-saxonne et sa recherche effrénée du profit, fait de la mission sociale, le premier impératif de l’entreprise.

 

Une vision particulière de l’entreprise africaine

Pour Al Mada, et de manière particulière pour Hassan Ouriagli, l’entreprise, en Afrique, ne peut pas continuer d’exister selon la conception classique du capitalisme : « Il existe un lien fort entre tout acteur économique et les populations auprès desquelles il exerce son action ». Selon le PDG d’Al Mada, la rentabilité économique et le profit ne peuvent plus reléguer la mission sociale de l’entreprise au second plan. « Cette conception de l’entreprise a vécu. Elle n’est plus acceptable socialement. Elle n’est plus acceptable sur le plan environnemental. Les grandes crises des années 1970/1980 ont remis en cause le profit comme seule finalité de l’entreprise. Les innombrables enjeux environnementaux – épuisement des ressources, pollutions multiples, réchauffement climatique – ou problématiques de santé publique sont venus, dès les années 2000, renforcer les exigences de base et les attentes sur l’impact des acteurs économiques. La crise financière de 2008 est venue rappeler que l’économie devrait être au service du monde réel », déclare Hassan Ouriagli, lors de son discours au cours du Forum international Afrique développement.

« Cette conception de l’entreprise a vécu. Elle n’est plus acceptable socialement. Elle n’est plus acceptable sur le plan environnemental. Les grandes crises des années 1970/1980 ont remis en cause le profit comme seule finalité de l’entreprise.»

D’après lui,  en Afrique, les fortes disparités de développement économique, les régions enclavées, les populations marginalisées obligent les entreprises et tous les acteurs économiques, à revoir le modèle du développement. Il doit devenir plus social qu’économique. « C’est un mouvement qui prendra du temps, mais, il est le sens de l’histoire. Il nous conduit vers une Afrique moderne, fière de sa culture, œuvrant pour l’équilibre et le bonheur des peuples qui la composent », assure Hassan Ouriagli. Pour lui et Al Mada, « le développement est positif s’il est écologiquement mais aussi socialement durable ». Cette vision, cette culture s’illustre par le terme « Positive Impact » auquel Al Mada a choisi d’associer son nom.

 

Un panafricaniste discret

Pour les profanes du monde des affaires, le nom d’Hassan Ouriagli évoquera seulement quelques articles de presse en page Eco. Il faut dire que l’homme sait se faire discret.

« C’est un mouvement qui prendra du temps, mais, il est le sens de l’histoire. Il nous conduit vers une Afrique moderne, fière de sa culture. »

En traçant son parcours, on découvre que le Marocain de 53 ans est diplômé de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées de Paris. En poussant un peu les recherches, on apprend qu’à l’âge de 29 ans, il devient directeur associé dans l’entreprise française spécialisée dans les services numériques Cap Gemini Ernst & Young. C’est à ce poste, qu’il occupe de 1995 à 2003, que le jeune dirigeant est remarqué, chez lui, au Maroc, par Omnium Nord-Africain (ONA). Il s’agit du premier groupe industriel et financier privé marocain, contrôlé par la famille royale. Hassan Ouriagli est recruté par Bassaim Jaï Hokimi qui a dirigé le groupe de 2002 à 2005. « Nous recherchions un profil de haut niveau pour donner une nouvelle impulsion à l’implication du groupe dans le secteur financier. Nous voulions également explorer de nouvelles pistes pour des relais de croissance, notamment dans les  technologies de l’information. La double compétence financière et technologique d’Hassan Ouriagli et son expérience internationale le prédisposaient bien à une telle mission », confie l’ancien patron de l’ONA. Ce dernier révèle également que « le recrutement d’Hassan Ouriagli entrait dans le cadre de la préparation de la relève des dirigeants du groupe ».

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D’abord directeur des participations financières de l’ONA.

 

Effectivement, l’ancien de Cap Gemini Ernst & Young n’a pas tardé à occuper les rôles principaux au sein de l’ONA. D’abord directeur des participations financières, il deviendra ensuite directeur général délégué de l’ONA, jusqu’en 2010 et la fusion avec la Société nationale d'investissement (SNI), dont le groupe prend le nom. Nommé en 2011 directeur général de la filiale Optorg, il se frotte au management opérationnel et aux marchés africains, puis il revient trois ans plus tard au centre du jeu, pour prendre la tête de la SNI, lors du conseil d’administration du 30 septembre 2014.

PDG du groupe, il est à la manœuvre pour opérer de profonds changements. D’une holding marocaine familiale, la SNI devient un fonds d’investissement ouvert sur l’Afrique. Le groupe se sépare de participations non-essentielles, notamment dans l’agro-alimentaire, se constitue une solide trésorerie et se concentre sur le développement de quelques secteurs stratégiques : l’énergie, la finance, la grande distribution, les télécoms, les mines et la construction. Petit à petit, le PDG introduit de nouveaux dirigeants aux postes clés et compose sa dream team.

 

Des chiffres et des mots

En 2017, le résultat net est en hausse de 5,12% par rapport à l’année précédente. En 2016, la croissance du résultat net par rapport à 2015 était déjà de 8%. En 2017, les activités internationales contribuent pour 26% au résultat net, contre 11% en 2013. Les chiffres parlent et renforcent les choix de la SNI. C’est peut-être pour cela qu’en 2018, le groupe décide d’affirmer l’orientation sociale de l’entreprise. La nouvelle sera annoncée par un communiqué publié le 28 mars 2018. La SNI change de nom pour devenir Al Mada et adopte le « Positive Impact », ou développement positif, comme mode de fonctionnement. Désormais, pour le PDG, la mission sociale, les travailleurs, l’environnement, seront au centre de l’activité du groupe dans toute l’Afrique.

Si beaucoup ne voient alors dans cette déclaration qu’un habile discours marketing, Hassan Ouriagli et Al Mada réussissent à prouver, chiffres à l’appui, que leur investissement pour le développement positif n’est pas un vain mot.  « Au Maroc comme en Afrique la préoccupation première de tous est l’emploi, mais pas n’importe quel emploi. Al Mada veille à la création d’emplois de qualité, correctement rémunérés, avec des conditions de travail dignes, un bon niveau de protection sociale et des cotisations pour la retraite. Avec plus de 40 000 salariés au sein de nos participations, nous contribuons ainsi à la création d’un écosystème dans lequel chacune et chacun peut s’épanouir », explique Hassan Ouriagli.

« Al Mada veille à la création d’emplois de qualité, correctement rémunérés, avec des conditions de travail dignes, un bon niveau de protection sociale et des cotisations pour la retraite.»

Le groupe s’implique aussi dans l’amélioration du pouvoir d’achat des populations des régions où il investit. « Avec Marjane, un groupe de grande distribution qui compte aujourd’hui 55 millions de clients par an, nous avons été le premier à donner accès à tous les Marocains à un mode de consommation aujourd’hui plébiscité, car il s’efforce de proposer les meilleurs prix », confie le PDG d’Al Mada.

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« Le ROI est passé de Return on Investment à Return on Involvement.»

 

« A propos du désenclavement de nos territoires, le fonds Al Mada contribue fortement au développement local, notamment dans les mines, avec Managem, ou les énergies renouvelables avec Nareva. Dans l’énergie éolienne par exemple, Nareva opère plusieurs parcs totalisant 1650 mégawatts, soit la consommation annuelle de 8 millions de Marocains, près d’un quart de la population marocaine », révèle Hassan Ouriagli.

Le dirigeant assure également que son groupe accompagne l’évolution de ces territoires vers une économie bancarisée en rendant accessibles des services financiers au plus grand nombre. « Attijariwafa Bank, dont Al Mada est l’actionnaire de référence, est devenue le 1er réseau bancaire en zone francophone et ses filiales, telles que Hissab Bikhir, permettent de toucher des personnes encore non bancarisées ».

« Dans l’énergie éolienne par exemple, Nareva opère plusieurs parcs totalisant 1650 mégawatts, soit la consommation annuelle de 8 millions de Marocains, près d’un quart de la population marocaine.»

Quant la Fondation Al Mada, « qui intervient dans les domaines de l’éducation, l’entrepreneuriat et la culture », ses programmes pour stimuler l’esprit d’entreprise ont pu toucher près de 100 000 jeunes au Maroc. Le groupe espère atteindre 250 000 jeunes à l’horizon 2022. Et qu’importe si le résultat net d’Al Mada s’en trouve entamé.

Désormais, la responsabilité sociétale des entreprises est intégrée de manière native dans la stratégie profonde des participations du groupe ; une fierté pour Hassan Ouriagli qui souhaite voir ce changement chez chaque acteur économique africain. « Chez nous, il y a quelque temps déjà que le ROI est passé de Return on Investment à Return On Involvement, le retour sur engagement. Ce modèle, nous souhaitons qu’il essaime partout en Afrique. Il nous ferait honneur devant le tribunal des générations futures ».

Servan Ahougnon

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Ndeye Khady Gueye

 

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