Bosco Ntaganda : la CPI débranche le Terminator congolais pour 30 ans

Bosco Ntaganda : la CPI débranche le Terminator congolais pour 30 ans

(Ecofin Hebdo) - Son costume, son allure délibérément élégante, son expression repentie ou encore sa grève de la faim n’ont pas suffi à attendrir les juges de la Cour Pénale Internationale. Bosco Ntaganda, l’ex chef de guerre, le « Terminator » de la RDC, a écopé de la plus longue peine de prison jamais infligée par la CPI : 30 ans. Rien d’étonnant pour celui dont les crimes, allant de l’esclavage sexuel et l’enrôlement forcé d’enfants au meurtre de civils, ont terrorisé des générations de Congolais.

 

A l’annonce du verdict, Bosco Ntaganda a le visage blême, totalement livide. Il vient d’être condamné à 30 ans de prison. Il a l’air sous le choc, comme si on venait de lui lire la sentence d’un autre individu, quelqu’un qu’il ne connait pas. Lui, il se considère comme un soldat, pas comme un criminel. Pourtant, dans le même temps, sur les réseaux sociaux, la décision de la CPI est applaudie, notamment par le co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege. L’homme qui répare les femmes est l’un des mieux placés pour parler des atrocités pour lesquelles est condamné Bosco Ntaganda. Viols, esclavage sexuel, enrôlement de mineurs, massacres et pillages accompagnent dans l’esprit des Congolais le nom que ceux de la région de l’Ituri ont surnommé « le boucher ».

La décision de la CPI est applaudie, notamment par le co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege. L’homme qui répare les femmes est l’un des mieux placés pour parler des atrocités pour lesquelles est condamné Bosco Ntaganda.

Mais, l’intéressé ne serait certainement pas d’accord avec eux. Loin de se voir en criminel, l’intéressé se considère comme un rebelle révolutionnaire. Pourtant, sur ses 25 années de « révolution », la cour ne vient d’en condamner qu’une seule allant de 2002 à 2003.

 

« Je suis un soldat, pas un criminel »

A la Haye durant son procès, Bosco Ntaganda semblait très différent des images que l’on conserve de ses apparitions publiques durant les années 2000. Un costume sobre et une cravate ont remplacé l’austère tenue militaire tant redoutée dans la région de l’Ituri.

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Viols, esclavage sexuel, enrôlement de mineurs, massacres et pillages.

 

Sur son crâne, d’habitude imberbe, des cheveux ont poussé. Pour parachever son image de simple bonhomme attachant, cassant avec l’aura froide du « Terminator », des lunettes viennent parfois adoucir un regard qui a été la dernière vision de nombreux Congolais. Ce nouveau personnage, Bosco Ntaganda le construit depuis un moment déjà. Dans sa cellule à la Haye, il a appris à faire du piano et reçu quelques cours de solfège.

Ce nouveau personnage, Bosco Ntaganda le construit depuis un moment déjà. Dans sa cellule à la Haye, il a appris à faire du piano et reçu quelques cours de solfège.

Assez pour que sa mélodie savamment préparée fasse effet sur les juges de la CPI ? Certainement pas. « Je suis décrit comme le “Terminator”, comme un célèbre tueur, mais je ne suis pas ce Bosco Ntaganda décrit par l’accusation », assure-t-il. « A toutes les victimes du conflit en Ituri depuis 1998, un conflit qui dure jusqu’à aujourd’hui, j’ai de l’empathie (pour vous ;ndlr). Mon objectif était de restaurer la paix sans faire de différences entre les ethnies», déclare Bosco Ntaganda. Suivant l’esprit du personnage qu’il présente au procès, le Congolais fait même une grève de la faim pour protester contre son procès et ses conditions de détention. On ne détient pas un héros de cette manière. Parce qu’héroïque, Bosco Ntaganda considère l’avoir été : « J’ai fait partie de l’armée qui a arrêté le génocide (au Rwanda ;ndlr). Il ne faut pas confondre rebelle révolutionnaire et criminel, ce que je ne suis pas ».

 

Soldat précoce

Bosco Ntaganda est né le 5 novembre 1973 dans la région de Bigogwe au Rwanda dans une famille Tutsi. Son prénom, à l’état civil, est Enias. Il fuit à Masisi, à l’Est de la RDC, à cause des attaques subies par son ethnie. Il y rejoint ses grands-parents. Ce sont ces derniers qui s’occuperont de son éducation. Cependant, malgré tous leurs efforts, le jeune Enias Ntaganda n’arrive pas à terminer ses études secondaires. En 1990, à l’âge de 17 ans, il rejoint l’armée Tutsi de Paul Kagame, le Front Patriotique Rwandais (FPR), pour reconquérir le Rwanda dirigé par la majorité hutue.

En 1990, à l’âge de 17 ans, il rejoint l’armée Tutsi de Paul Kagame, le Front Patriotique Rwandais (FPR), pour reconquérir le Rwanda dirigé par la majorité hutue.

C’est à cette époque qu’il devient « Bosco » et obtient la nationalité congolaise. « On a libéré le Rwanda,. Je suis de ceux-là qui ont mis fin au génocide », assure Bosco Ntaganda. A seulement 21 ans, il est commandant de peloton au sein du FPR. Il décrit cette période comme l’une des plus horribles de sa vie.

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En bon père de famille.

 

 « J’ai vu des horreurs, des cadavres partout, sur tous les axes. Il y avait une odeur très forte. Quand nous avons chassé les génocidaires et pris le contrôle de Kigali, je me suis rendu chez ma sœur. Mon neveu était couché derrière elle, mort également ». Cette vision horrible n’aurait-t-elle pas détourné n’importe qui d’autre des champs de bataille ? Pas Bosco Ntaganda.

« J’ai vu des horreurs, des cadavres partout, sur tous les axes. Il y avait une odeur très forte. Quand nous avons chassé les génocidaires et pris le contrôle de Kigali, je me suis rendu chez ma sœur. Mon neveu était couché derrière elle, mort également ».

Il retourne au Zaïre (actuelle RDC) avec d’autres officiers rwandais pour participer à la guerre menée par Laurent-Désiré Kabila contre le tristement célèbre Mobutu Sese Seko. A la fin du conflit, Laurent Désiré Kabila arrive au pouvoir, notamment grâce à l’aide du Rwanda et de l’Ouganda. Seulement, les relations entre les 3 pays deviennent de plus en plus tendues. Le 14 juillet 1998, Laurent-Désiré Kabila limoge son chef de cabinet rwandais, James Kabarebe, et le remplace par un congolais. Quelques jours plus tard, le président congolais demande le retrait de l’Ouganda et du Rwanda de la RDC. Ces évènements conduiront à la 2e guerre du Congo, qui verra la mort de Laurent-Désiré Kabila, remplacé par son fils, des affrontements entre milices, les pays impliqués ne souhaitant pas engager les armées régulières, et des accords de paix qui ne réduiront pas l’importance prise dans certaines régions par les milices, notamment en RDC.

En 2002, Bosco Ntaganda rejoint l'Union des patriotes congolais (UPC), un groupe rebelle congolais dirigé par Thomas Lubanga, dans le district de l'Ituri. Pendant trois ans, il sera le chef des opérations militaires de la branche militaire du mouvement, les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC). Ce sont les exactions commises durant la première année de sa direction qui lui vaudront son séjour à la Haye.

 

Le boucher de l’Ituri

Devenu n°2 du FPLC, Bosco Ntaganda va se lancer dans des violences ethniques sans précédents. Il faut préciser que le FPLC est une milice à majorité Hema, qui combat les autres groupes ethniques de l’Ituri que sont les Lendu, Bira et Nande. Les formations militaires des recrues de l’UPC intégraient des chansons très violentes à l’égard du groupe Lendu. Pendant le procès de Bosco Ntaganda, des paroles comme : « Donne-moi un couteau et une cuvette, que je puisse égorger un Lendu », seront évoquées.

Les formations militaires des recrues de l’UPC intégraient des chansons très violentes à l’égard du groupe Lendu. Pendant le procès de Bosco Ntaganda, des paroles comme : « Donne-moi un couteau et une cuvette, que je puisse égorger un Lendu », seront évoquées.

Dans le prolongement des affrontements l’opposant aux milices Lendues, Bosco Ntaganda déraille et se met à attaquer des civils. Ses hommes tuent, violent et torturent.

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Quand l’effroi s’abat sur un village.

 

Le mode opératoire des FPLC consistait, selon les documents publiés par la CPI, à encercler un village et à le bombarder à l'artillerie lourde avant de l'attaquer et de tuer les hommes survivants à l'aide de machettes, armes à feu et couteaux, puis de piller et brûler le village et d’enlever les femmes pour les violer. Selon le procureur de la CPI, il a « planifié et commandé de nombreuses attaques militaires coordonnées contre les populations Lendu et autres tribus non-Hema ». Au cours d'une attaque menée sous son commandement, les soldats du FPLC ont tué à coups de « batons, couteaux et machettes » au moins 49 personnes dans une bananeraie près d'un village. « Des hommes, des femmes et des enfants, dont des bébés, ont été retrouvés dans la plantation. Certains des cadavres étaient nus, certains avaient les mains liés, d'autres avaient le crâne écrasé ». Durant l’une des attaques, Bosco Ntaganda tue l’abbé Boniface Bwanalonga, un prêtre reconnu dans la communauté Lendu. En plus de les violer et de leur infliger des sévices corporels, le mouvement enrôle de force des enfants de moins de 15 ans pour combattre et n’hésite pas à s’en servir comme esclaves sexuels.

En plus de les violer et de leur infliger des sévices corporels, le mouvement enrôle de force des enfants de moins de 15 ans pour combattre, et n’hésite pas à s’en servir comme esclaves sexuels.

Ces exactions se poursuivent pendant plusieurs années. 60 000 personnes auraient perdu la vie dans ces affrontements. Dans le même temps, Bosco Ntaganda s’enrichit grâce aux minerais du Congo. Il possède des mines et taxe indûment les réseaux du commerce minier.

D’après l’ONG Global Witness, il supervisait un énorme trafic de substances minérales vers le Rwanda via sa résidence privée située à la frontière. En 2011, le Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC évaluait les revenus de la contrebande de Bosco Ntaganda à environ 15 000 dollars par semaine.

 

Général, mutin, maquisard puis arrêté

En janvier 2005, Bosco Ntaganda se voit offrir un poste de général dans les forces armées régulières dans le cadre d'un processus de paix. Il refuse. En 2006, à la suite de conflits au sein de l'UPC, il retourne au Nord-Kivu, et rejoint le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda.

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Fin de parcours pour le Terminator de l’Ituri.

 

Dès 2006, des mandats d’arrêt seront émis par la CPI contre Bosco Ntaganda pour les exactions commises entre 2002 et 2003. Finalement, à la faveur du processus de paix, il intègre tout de même l’armée régulière congolaise en tant que général. Il fait défection en 2012 et prends la tête d’une mutinerie qui participera à la création du mouvement du 23 mars (M23). De nombreuses exactions seront à nouveau commises au sein de cette milice, mais ne sont pas prises en compte lors du procès de Bosco Ntaganda au CPI. Finalement, lâché par tous ses alliés, il se rend le 18 mars 2013 à l'ambassade des États-Unis à Kigali, au Rwanda. De là, il demande son transfert à la CPI à La Haye. Le Terminator de l’Ituri y est condamné à 30 ans de prison pour les exactions commises entre 2002 et 2003, seulement.

 

Servan Ahougnon

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Ndeye Khady Gueye

 

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